AMOUR, THERAPIE ET SPIRITUALITE

AMOUR, THERAPIE ET SPIRITUALITE


"L'amour est l'ultime signification du monde."

Rabindranath Tagore

SUR LA NATURE DE L'AMOUR

Le meilleur moyen d'avoir une compréhension claire de la nature de l'amour est d'explorer sa
négation, c'est-à-dire ce que l'amour n'est pas.

Une vision honnête et précise de nos comportements et tendances psychologiques nous fera
éliminer ainsi les besoins de nature égoïste qui peuvent s'exprimer aussi bien sous la forme d'un
besoin d'aimer et que d'un besoin d'être aimé.

Cette enquête remet en cause profondément notre compréhension de la nature de l'amour. Les
comportements, demandes et intentions sont alors vues comme des compensations, fuites et
tentatives d'échapper à un sentiment douloureux de solitude intérieure.

Le moi cherche à échapper à sa propre prison, et invente des stratagèmes ingénieux, parfois
dénommés altruisme, bienfaisance, humilité ou bonté.

Une fois cette investigation effectuée, les systèmes de compensation psychologiques ne pourront
plus fonctionner dans l'obscurité de l'inconscient, car ils auront été vus à la lumière de la
conscience.

Nous pouvons dire que l'amour est ce qui reste, lorsque ce que l'amour n'est pas n'est plus
présent.

Il s'agit d'une démarche radicale visant à dépouiller l'esprit de ses mirages et vivre avec une plus grande authenticité. Une telle démarche n'est pas adaptée à tous, car elle revient à remettre en
cause toutes nos croyances et convictions que nous avons sur nous-mêmes.

Mais l'observation attentive de notre fonctionnement intérieur est nécessaire à qui veut sortir du
marasme affectif des relations humaines ordinaires, basées sur la peur, le besoin et la demande.

Pour paraphraser une phrase de Maître Eckhart ("Dieu est quand je ne suis pas"), nous pourrions
dire "L'amour est quand je ne suis pas".

L'omniprésence de la personne est absorbée dans la conscience d'être.

L'amour se révèle alors comme une présence non dirigée, libre du choix et de la préférence.

L'amour n'a pas besoin de la mémoire psychologique pour être.

Il se suffit à lui-même et se reconnaît comme essence de toutes choses.

 

SUR LA NATURE DE LA SPIRITUALITE

L'aspiration spirituelle se réveille lorsque l'intuition invite à réaliser que le corps physique n'est
qu'un des aspects de notre être, et qu'une dimension supra-corporelle est offerte au regard qui
transcende la forme.

Lorsque nous interrogeons l'objet véritable de notre recherche, nous sommes amenés
inévitablement à une transformation de la perspective intérieure. Les multiples objets du désir se concentrent en un désir unique, fondamental, nommé désir d'être, de plénitude ou de joie.

Le besoin de cet examen est éveillé par un sentiment d'inconfort et d'insatisfaction, non comblé
par les objets désirés successifs.

Vient alors un face à face avec le manque et la souffrance.

Dans cette attitude sans fuite, le manque se révéle comme l'aspect négatif d'une plénitude qui se
cherche.

L'écoute du manque révèle le plein.

C'est par la connaissance intuitive de notre nature pleine que le manque est reconnu comme tel.

Il fait référence à un état douloureux de contracture, d'isolement et de séparation.

Une observation fine nous fait découvrir le rôle subtil des images mentales dans ce processus, et
notamment des représentations mentales que nous avons de nous-mêmes.

L'identification à la structure corps-mental s'accompagne d'une peur de perdre ce que nous
croyons être, et d'un besoin de défendre un territoire fictif. La vie est ainsi parsemée de réactions
et défenses, en rapport avec un moi qui cherche à s'affirmer et à défendre ses positions.

Lorsque le corps et l'esprit se tranquillisent, ces défenses cèdent, et la paix se révèle comme une
nature omniprésente, dont le chant se dévoile lorsque l'agitation cesse.

Toutes les approches corporelles et méditatives visent à libérer le corps et l'esprit de l'emprise
d'un moi qui contrôle et juge.

Il ne s'agit pas d'un mince travail, car les habitudes d'identification et de résistance sont
solidement ancrées dans la personnalité.

Et vouloir les modifier ne serait que continuer le processus de contrôle et de main-mise d'un moi qui se veut omnipotent.

L'écoute et l'observation silencieuse sont les seuls outils à notre disposition pour démêler
l'écheveau des représentations figées, croyances illusoires et désirs dispersés.

La spiritualité est ainsi l'éveil à une conscience qui transcende le temps et l'espace, et dans
lequel le moi n'est plus une représentation mentale conditionnée et temporaire, mais une présence consciente et constante, non affectée par les états psychologiques, émotionnels et corporels.

Le soi témoin des textes traditionnels se réfère à cet oil connaissant, qui est en arrière-plan de
notre propre regard, et dont la qualité d'être n'est pas affecté par les objets qui se révèlent en lui.
Il n'est pas une personne, puisqu'il est le connaisseur de la personne. Il n'est pas une
représentation mentale, puisqu'il est le voyant des tous les objets de vision.

La conscience d'être qui est indépendante de l'activité mentale, car présent même en l'absence de pensée - nous nous savons être sans même avoir à penser à ce que nous sommes -, est au cour
de ce que nous appelons la spiritualité.

Les religions sont certains des outils proposés, avec plus ou moins de réussite, pour la
réalisation du plus cher de nos désirs. Les déviances, dont beaucoup d'entre elles ont fait preuve, sont le signe d'une compréhension non mature de l'orientation de la quête et de la nature de notre
être. L'amour y est omis ou incompris. L'outil est confondu avec le but. Réorientée à la lumière
de la compréhension, la religion pourrait accomplir son but de transmission de la connaissance,
de libération des structures restrictives du moi et d'établissement dans une paix immuable.

En cela, la spiritualité n'est pas synonyme de religion. Elle en est l'essence mais non la
conséquence.

SUR LA NATURE DE LA THERAPIE

Toute thérapie vise à la libération de la souffrance.

La souffrance est en rapport au manque, à la résistance de la personne à l'abandon et à l'absorption dans une conscience d'être impersonnelle.

L'écoute du thérapeute est nécessaire pour la mise à nu des mécanismes sous-jacents à la
souffrance.

Son regard sans jugement renvoie l'être en souffrance à sa propre aptitude à contempler sa
situation, sans le poids de la critique et du sarcasme.

Cette qualité de vision entraîne une libération de la culpabilité et permet de commencer à voir
les choses, faits, êtres et situations avec un oil attentif et ouvert, qui ne cherche plus à juger,
mais seulement à comprendre. Avec l'innocence de l'enfant qui découvre le monde autour de lui,
l'être en souffrance commence à voir que le remède se situe dans son propre regard. Le besoin
de contrôle est remplacé par un besoin d'acceptation. La contracture fait place à la détente. Au fil d'un vécu qui se réfère davantage à l'instant présent qu'aux événements passés ou futurs, la
mémoire perd son caractère indispensable, tout du moins sur le plan psychologique. Elle
retrouve sa nature propre d'outil fonctionnel, utile à l'expérience et au fonctionnement quotidien,
mais ne faisant plus obstacle à la sublime fluidité des circonstances et événements, tels qu'ils
sont perçus par le regard innocent.

La thérapie vise à redonner à l'être son aptitude à vivre consciemment la présence silencieuse
intemporelle qui gît en arrière-plan de l'activité mentale et corporelle.

Différents types de thérapie sont nécessaires selon le point de maturité, pouvant utiliser le
remède, la parole, le toucher, le mouvement, le souffle, l'auto-investigation, le regard, le silence, et la simple présence d'être.

Mais toute thérapie conduit inexorablement à la libération de la croyance d'être malade, à la
conscience d'un moi libre de la maladie, d'un moi libre du moi, d'une présence impersonnelle
surplombant le corps et la personnalité, et qui donne son sens à l'existence toute entière.

Une vraie thérapie amène à une maturité dans la compréhension, une perspective ouverte et
globale, un corps sensible, habité et détendu, une écoute ne se référant plus à la mémoire, et une
vision juste des choses telles qu'elles sont.

L'acceptation n'est plus alors un mythe, elle est une parfaite intégration aux sensations, pensées et émotions, dans laquelle le soignant et le soigné sont animés et unis par la même conscience
d'être, indivisible et une.

Amour, thérapie et spiritualité miroitent comme les facettes multiples d'un seul et même souffle.

Août 1998


 

Date de dernière mise à jour : 19/06/2013