LES COURANTS D' ENERGIE

Les courants énergétiques

 

Il n’existe rien dans l’univers, aucun principe, aucune énergie qui ne se retrouve d’une certaine façon dans le corps humain. Déjà, plusieurs hymnes védiques comparaient la naissance du cosmos au démembrement sacrificiel d’un corps immense, tantôt humain, tantôt animal.

 Le souffle vital circule dans le corps subtil selon certains « tubes », « conduits » ou « canaux » appelés nâdî, terme dont la racine nad se retrouve dans nada (roseau) et dans nadaka (creux d’un os ou os creux). Certaines de ces nâdî appartiennent au corps grossier : ce sont les veines, les artères ou les nerfs. D’autres sont aussi invisibles que les « méridiens » de l’acupuncture chinoise. Elles composent un réseau complexe et mouvant de courants, de flux et de houles.

 Le nombre des nâdî ne saurait être déterminé. Le Shiva-samhitâ parle de 350 000, d’autres Tantras de 72 000, en y ajoutant parfois quelques zéros. Mais c’est toujours pour spécifier ensuite que, parmi elles, quatorze seulement sont importantes et, parmi ces quatorze, trois sont principales et, d’entre ces trois, une seule est « suprême, bien aimée des yogins ». On la nomme sushumnâ, elle est symbolisée par le feu, tandis que ses deux compagnes de gauche et de droite, idâ et pingalâ, sont associées à la Lune et au Soleil.

 Il existe deux représentations traditionnelles de ces trois nâdî.

 La première – la plus souvent reproduite dans les ouvrages modernes – rappelle le caducée d’Hermès : deux lignes hélicoïdales s’enroulant en sens inverse l’une de l’autre autour d’un axe et déterminant à leur intersection un certain nombre de nœuds ou de centres, les fameux chakra (« roues », « cercles », « disques »). Le courant solaire positif (pingalâ) part du testicule gauche chez l’homme (ou de l’ovaire gauche chez la femme) pour aboutir à la narine droite. Le courant lunaire négatif (idâ) part du testicule ou de l’ovaire droit pour aboutir à la narine gauche.

 Selon d’autres écoles, plus anciennes, les deux nâdî ne s’entrecroisent pas. Figurées comme deux arcs de cercle, elles suivent un trajet direct ou légèrement courbé, l’une à droite, l’autre à gauche de la moelle épinière, depuis le mûlâdhâra-chakra, qui est leur base commune, jusqu’à l’âjnâ-chakra, entre les deux sourcils, où elles se rejoignent et se fondent dans la sushumnâ. Ce second schéma a souvent la préférence des yogin du Tibet et du nord de l’Inde.

Les trois courants

 Les deux nâdî latérales sont les seules actives chez l’homme profane pour qui la voie centrale est fermée.

  • Idâ (sur la gauche) est froide, pâle ou à peine teintée de rose (on la compare à la fleur de l’amandier). Elle correspond au « nectar ». Elle est statique et lunaire. Elle représente Shakti (énergie).
  • Pingalâ (sur la droite), est chaude, d’un rouge vermeil ou grenat ; elle est liée au principe mâle et solaire. Elle se trouve souvent connotée dans les Tantras par le terme de « poison » qui, au sens ordinaire, peut se référer à l’aspect destructeur du Soleil, tout comme le « nectar » en pays tropical évoque la douceur exquise de la Lune. Elle représente Shiva.

 Idâ et Pingalâ rythment l’alternance de l’inspiration et de l’expiration de tous les êtres qui vivent dans le temps. L’influence de ces artères subtiles liées aux côtés droit et gauche du corps est facilement observable car, selon leur prédominance, la respiration a tendance à utiliser la narine droite ou gauche.

 Lorsque l’énergie emprunte la « voie du milieu », toute dualité s’abolit, le temps est «dévoré ». Sushumnâ est donc la « voie du milieu », la « grande voie », la « voie royale », resplendissante comme un diamant qui reflète et magnifie la lumière. Quand les souffles droits et gauches fonctionnent ensemble, c’est Sushumna. Il est igné. Il détruit et consume toutes les actions.

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